Lire une planche
La fiche
La timeline montre, la fiche établit ; derrière chaque forme, la source, le statut, le niveau de preuve, les réserves et les relations.
Derrière chaque forme de la planche, il y a une fiche. La planche donne la lecture d’ensemble ; la fiche dit d’où vient chaque fait et ce qu’il vaut. La règle tient en une ligne :
La timeline montre ; la fiche établit ; l’analyste décide.
Tout élément important doit rester traçable. Tout élément traçable n’a pas vocation à être affiché.
Ce que porte une fiche
Une fiche d’objet réunit, entre autres :
- le libellé, en langage opérationnel ;
- la strate, la forme et les bornes dans le temps, avec leur précision ;
- la ou les sources du fait ;
- le statut documentaire, le niveau de preuve et le statut analytique ;
- la contribution dans la séquence (protège, récupère, fragilise, neutre) ;
- le cas échéant, l’observable EBT/CBTA rattaché et sa cotation ;
- les relations particulières avec d’autres objets.
Ces informations répondent chacune à une question différente. Elles se portent ensemble, et aucune ne se déduit d’une autre.
Trois questions à ne pas confondre
| Notion | Question | Exemples de valeurs |
|---|---|---|
| Statut documentaire | D’où vient le fait ? | fait établi, constat du rapport, analyse officielle, information incertaine, apport expert validé, hypothèse analyste… |
| Niveau de preuve | Sur quoi repose son rattachement à un observable ? | trace directe, inférence documentée, non déterminable |
| Statut analytique | Jusqu’où peut-on l’affirmer ? | établi, fortement étayé, probable, hypothèse à examiner, non déterminable, non retenu |
Un constat du rapport et une analyse du rapport n’ont pas le même poids. Un apport expert n’est pas un fait du rapport. Un fait établi peut n’être rattaché à une compétence que par une inférence documentée.
L’échelle du statut analytique
C’est l’échelle centrale. Elle dit ce que le matériau permet d’affirmer.
| Statut | Sens |
|---|---|
| établi | Le rapport, les données ou une validation experte documentée le disent directement. |
| fortement étayé | Plusieurs indices convergents, sans preuve directe unique. |
| probable | Compatible avec la séquence, avec une incertitude significative. |
| hypothèse à examiner | Utile à instruire, ce n’est pas une conclusion. |
| non déterminable | La question est pertinente et examinée, mais le matériau ne permet pas de conclure. |
| non retenu | Envisagé, puis écarté. L’objet reste dans le cas, pas sur la planche. |
Le test : « est-ce que je peux l’affirmer, ou seulement le proposer ? » Seul « établi » s’affirme. Sur la planche, c’est le style du libellé qui le dit : romain pour établi, italique pour tout le reste.
« Non déterminable » n’est pas un échec. C’est un résultat de plein droit, la trace explicite d’une limite du matériau. Il dit toujours sur quoi porte l’indétermination : une présence, une borne, un effet, une relation.
Le niveau de preuve, strate par strate
Chaque strate fixe un niveau de preuve exigé à l’entrée. Plus un étage est interne, plus la preuve demandée est forte : une trace directe pour une action sur les commandes, une trace indirecte pour une compétence non technique, une reconstruction argumentée pour un modulateur interne.
Le niveau exigé est écrit une fois, pour la strate. Le niveau atteint est dans la fiche de chaque objet. Une convergence d’indices ne renforce jamais un niveau de preuve.
Les absences
Un enregistreur n’enregistre pas une absence. Une omission, une non-perception, une annonce manquante ne sont codées que si le matériau l’énonce. Le silence du codage ne vaut jamais absence : ce que le cas ne montre pas est non documenté ou non déterminable.
À l’inverse, quand une phase a été couverte par l’enquête sans écart relevé, la fiche l’écrit ainsi : « le rapport n’y relève aucun écart ». Jamais « l’équipage a bien géré cette phase ».
Les réserves : deux lectures
Quand le matériau ne permet pas de trancher un point qui compte, le cas pose une réserve située. Elle dit :
- le moment concerné ;
- ce que le matériau permet de dire ;
- au moins deux lectures possibles ;
- ce que chacune change pour la suite.
Une réserve ne choisit pas. Elle garde l’incertitude visible et la rend discutable. Le cas réel de Darwin en porte plusieurs. Une heure manquante, une contradiction entre deux sources, un témoignage unique deviennent des réserves, jamais un remplissage par vraisemblance.
Les relations
Une relation particulière affirme qu’un objet en a modifié un autre. Elle porte :
- un prédicat précis : « réduit la fenêtre de », « ferme une option », « masque », « stabilise » ;
- la dimension modifiée : temps, information, ressources, options, marges, état ;
- sa source et son statut.
Le mot « influence » est exclu : il ne dit pas ce qui a changé. Une relation n’est « établie » que si le matériau soutient que, sans l’objet source, l’objet cible ne se serait pas produit.
Les relations ne se dessinent jamais sur une planche d’analyse. Elles vivent dans la fiche. Le dessin ne porte que la position dans le temps et dans les strates, et ce qui se lit sur le dessin ne prouve aucun lien. Plusieurs relations peuvent coexister, chacune avec son statut : PHASE ne construit pas de chaîne causale unique.
Les relations sont le maillon le plus fragile de toute analyse d’événement. C’est sur elles que la contrainte de statut pèse le plus.
Pourquoi cette séparation
Une planche qui porterait tout serait illisible. Une planche qui affirmerait plus que sa source serait trompeuse. La séparation entre planche et fiche tient les deux exigences : une lecture immédiate, et une traçabilité complète. Le lecteur voit d’abord ; il vérifie ensuite, en ouvrant la fiche. Les signes de la planche sont décrits dans Les signes, et les limites de la méthode dans Statut et limites.