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Lire une planche

L’instant T

Le curseur rassemble ce qui était actif à un instant donné ; déplacé, il montre la remontée de l’information et ses délais.

Sur une planche d’analyse, rien n’est tracé entre les objets : ni flèche, ni chemin. Le lien est porté par le curseur, un trait vertical qui traverse toute la hauteur de la planche. Il se lit de deux façons : arrêté, puis déplacé.

Arrêté, il donne la configuration

À l’instant où il s’arrête, le curseur rassemble tout ce qui est actif, dans l’ordre des strates. On lit sa verticale de bas en haut :

  1. voilà l’information qui était disponible ;
  2. voilà où en était l’avion ;
  3. voilà la condition dans laquelle l’équipage se trouvait ;
  4. voilà ce qu’il était en train de faire.

Exemple. Le curseur est posé sur une décision. Sa verticale donne : le raccourci de trajectoire est toujours en cours ; l’avion est au-dessus du plan, et le trait est redevenu plein, donc l’écart a été vu ; le maintien du plan initial est en cours ; et c’est dans cette configuration que la décision se prend.

Le curseur remplace la chronologie par un état de situation. Ce qui pèse sur l’équipage, ce qu’il traite, où en est l’avion, ce qui reste ouvert : tout est visible au même endroit.

La simultanéité

C’est le premier apport du curseur. Un rapport traite la météo dans un chapitre, la charge de travail dans un autre. Sous le curseur, tout ce qui coexiste apparaît ensemble.

« La check-list a été omise » devient « à cet instant, trois tâches étaient actives ». L’écart redevient ce qu’il est souvent : une répartition de ressources sous contrainte de temps.

Une limite doit rester claire. La coexistence sous le curseur ne prouve aucun lien. Elle montre que des objets étaient là ensemble, et dans cet ordre. Si l’analyse affirme un lien particulier entre deux objets, ce lien se range dans la fiche, avec sa source et son statut.

Déplacé, il donne la remontée

On avance le curseur de quelques secondes. Il passe d’un objet au suivant. Chaque pas est une marche : la menace monte vers le traitement, le traitement redescend vers le geste, le geste laisse sa trace sur l’avion, et ce nouvel état repart en information.

Mises bout à bout, les marches font un escalier. Il monte et descend entre les strates, et avance toujours vers la droite, parce que le temps ne revient pas.

Chaque palier horizontal a une longueur, et cette longueur est une information : c’est le temps qu’il a fallu pour que la chose monte, ou pour que la réponse arrive. Un palier long en bas de la planche, et un escalier qui tarde à monter : c’est une information disponible qui n’a pas été reprise. La démo Un signal disponible en donne un exemple, et la démo La boucle montre l’escalier complet.

Pour dire qu’une marche a eu lieu, l’analyse vérifie trois temps dans le matériau :

Temps Ce qu’on vérifie
Disponible L’information existe et peut parvenir à bord.
Reçue Une trace de prise en compte apparaît : annonce, action corrective, constat du rapport.
Traitée Une action observable suit.

Quand un temps manque, on le dit : c’est souvent là que le cas se joue. Un orage disponible depuis vingt minutes, dont la première trace de prise en compte est une demande de déroutement, porte un délai de vingt minutes. C’est ce délai qui porte la lecture.

Sur une planche d’enseignement, la marche peut être montrée : le même trait de curseur, simplement épaissi entre les deux objets. Rien d’autre n’est ajouté.

Lecture de découverte, lecture d’analyse

Le même cas se lit de deux façons.

  • La lecture d’analyse montre tout ce que l’analyse a retenu, y compris ce que l’équipage ne savait pas.
  • La lecture de découverte ne montre que ce dont l’équipage disposait à l’instant du curseur. Ce qu’il ne savait pas encore reste masqué.

Les deux lectures portent sur le même codage. Rien n’est retiré : la lecture de découverte masque, elle ne supprime pas.

Limiter le biais de rétrospection

Connaître l’issue change la façon dont on juge ce qui l’a précédée. Après coup, tout paraît plus prévisible qu’au moment des faits. Cet effet est robuste, et il ne se supprime pas en le connaissant (Fischhoff, 1975 ; Guilbault et al., 2004).

La lecture de découverte place le lecteur dans la situation de l’équipage. Elle est disponible dans chaque démo, par exemple le scénario de formation TRI. Pour qui découvre le cas, elle recrée la condition où le biais ne joue pas encore. Pour qui connaît déjà l’issue, elle le limite, sans le supprimer.

C’est la lecture par défaut d’une planche pédagogique et d’un débriefing. La question n’est plus « pourquoi n’ont-ils pas vu ? », mais « qu’avaient-ils sous les yeux, à cet instant ? ».

Une idée à la fois

Une planche pédagogique peut aussi n’ouvrir qu’une strate, une fenêtre ou une lecture. Le reste est estompé, pas supprimé. L’instructeur montre le sujet enseigné à l’instant où il joue, puis élargit.

À voix haute : « qu’est-ce qui est en cours à cet instant ? »